Le ministère de l’environnement et du développement durable est dans des eaux troubles depuis quelques temps en raison du transfert de six Oryx de leur habitat naturel de la réserve de faune du Ferlo nord Ranérou, vers la réserve privée du ministre de l’environnement, Abdou Karim Sall.

Connu sous le nom d’Oryx Algazelle, cette espèce a subi de graves agressions au courant de la décennie 1970-1980 à telle enseigne que la quasi-totalité de sa population sauvage est aujourd’hui éteinte. Les rares rescapés de cette tragédie font l’objet des mesures de protection et de conservation très strictes.

C’est ainsi que vingt ans plus tard des projets de réintroduction ont été rendu possible au Maroc, en Tunisie et au Sénégal. Le risque d’extinction de cette espèce est tellement grand que l’Union Internationale pour la Conservation de Nature (UICN) l’a inscrite dans sa prestigieuse « liste rouge« . Une action qui vise à cataloguer et mettre en avant les espèces menacées d’extinction au niveau planétaire en les classifiant suivant des critères précis selon qu’elles soient menacées, gravement menacées, ou vulnérables.

 Au Sénégal, un large éventail d’instruments juridiques permet d’assurer la protection de l’espèce, sa conservation et sa réhabilitation parmi lesquels nous pouvons citer le code forestier, le code de la chasse et de la protection de la faune ainsi que leurs décrets d’application. Si un tel dispositif juridique est prévu pour la protection de cette espèce comment se fait-il qu’une personne puisse en obtenir la « garde » ? Voilà une question complexe que les autorités en l’occurrence le ministre de l’environnement s’est empressé de répondre. Si d’aucuns crient au scandale d’autres encore plus modérés recherchent le fondement de cette action. Avec un peu de recul, on peut aisément se rendre compte que la même loi qui prévoit une gestion stricte de cette espèce a également prévu des situations spécifiques d’usages.

Suivant cette logique une nouvelle politique de conservation de la biodiversité en général et de la faune en particulier conformément à la Convention sur la diversité biologique (CDB) a été mise en œuvre. Elle promeut entre autres les initiatives privées dans les activités relatives à la gestion et à la valorisation des aires protégées et de la biodiversité en général. Ce qui se traduit par la création de réserves animalières par des opérateurs privés suivant des règles précises (demande de créer une réserve animalière à titre privé) en vue de la détention d’animaux sauvages dans des terrains privés. Cette pratique n’est pas une première, en effet, on note, il faut le dire, l’existence de plusieurs réserves privées un peu partout dans le monde. L’exemple de l’Afrique du Sud est très parlant trois de ses réserves (Timbavati, Sabi Sand, Mangeleti) participent activement tant à la protection des espèces qui y vivent, qu’au développement des activités touristiques dans ces lieux. Face à la presse ces arguments ont permis à Abdou Karim Sall de donner une base légale à la décision de son ministère (communiqué du ministère de l’environnement et du développement durable en date du 06 juillet 2020).

Ces mesures interviennent dans un climat hostile marqué par des scandales liés à des question d’accaparement des ressources naturelles, foncières, des espèces animales et végétales qui défrayent régulièrement la chronique. Des zones d’ombres sont à éclaircir dans ce dossier.

Dans le communiqué mentionné plus haut, il n’est nulle part fait mention des deux oryx morts au cours du trajet. Est-ce une omission ou une volonté de dissimuler des informations au public ? En tout état de cause pour des raisons de transparence une enquête interne devrait être menée au fin de déterminer l’opportunité de cette mesure mais également pour s’assurer que la demande de création de cette réserve privée avait remplie toutes les conditions prévues par la loi. Au cas contraire, prendre les dispositions qui s’imposent.

Evelyne MENDY (Stagiaire) / VivAfrik

2 Commentaires

  1. Bien dit. Une seule question que je me pose: depuis quand cette réserve de faune privée existe t’elle au Sénégal? Bandia et Fatala sont des réserves animalières privées, reconnues officiellement au Sénégal et ont toujours accueilli favorablement des animaux sauvages conformément à la réglementation en vigueur et au regard des conventions. Ce transfert qui a été voué à l’échec a certes été fait en catimini et non par des spécialistes de la faune qui sont censés connaître les règles et conditions de transfert (période, moments favorables, moyens de transport etc..) Merci

  2. Bravo c’est le premier article que je lis avec le nom exact de l’espèce en question: Oryx algazelle de son vrai nom oryx dammah. Animal du sahel désertique, l’espèce ne serait pas dans un biotope proche de son origine à Bandia.
    Il y a un autre oryx dont le nom est trompeur: oryx gazelle qui lui est très répandu en Afrique du Sud et Namibie. Je n’ai pas visité Bandia mais j’ai vu des photos qui laissent penser qu’il y en a à Bandia. Il est peu probable qu’il s’agisse de cet oryx dans l’affaire en question.
    Il y a deux autres oryx leucoryx, celui d’Arabie et celui d’Afrique de l’est oryx beisa.

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