Quid de la certification bio en Afrique ?

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Pas plus tard que la semaine dernière des organisations onusiennes telles que le PAM ou encore la FAO tiraient sur la sonnette d’alarme pour prévenir les risques imminents d’une insécurité alimentaire sévère du fait de la pandémie de la Covid-19 en Afrique et surtout dans sa partie Subsaharienne. Mais, à quelque chose malheur est bon ! Cette situation devrait être le prétexte pour les États africains de réorienter leur système alimentaire vers l’agroécologie pour apporter une réponse durable à la famine.  

Cette révolution inévitable passe nécessairement par un changement des techniques agricoles mais aussi par la promotion de produits qui répondent aux exigences des marchés internationaux. Pour être compétitif sur les marchés internationaux les produits agricoles Africains peuvent recourir à la « labellisation bio » afin de se positionner. La certification bio a le vent en poupe et de plus en plus d’agriculteurs africains s’y prêtent. Au Sénégal, elle est le fruit d’un long processus qui a débuté suite à la publication en 1983 d’Enda-Pronat du livre « Les pesticides : une menace pour le Sénégal ».

En réalité, ce n’est que bien plus tard, dans les années 2000 qu’on note un engagement significatif dans l’agroécologie au Sénégal. Seulement, il reste toujours à pouvoir démontrer par une certification reconnue les origines « bio » aux adeptes du paradigme dans le reste du monde, notamment le marché mondial du bio extrêmement exigent.

S’il existe certes beaucoup d’organismes de contrôle chargés de reconnaître aux producteurs de matières premières, aux fabricants de produits cosmétiques, aux marques ou à tout autre acteur de la filière cosmétique qui s’essayent dans la culture bio, ils ne sont pas toujours en mesure de délivrer un certificat internationalement reconnu. Rien qu’au Sénégal nous pouvons citer à titre d’exemple Enda-Pronat, Agrécol AFRIQUE, Green Sénégal, ASPAB, GIT, CEAS, … toutes des organisations dans le conseil, la formation et la certification autour de l’agroécologie. Aussi, il faut compter sur l’Association Sénégalaise de Normalisation (ASN) créée par décret 2002-746 du 19 juillet 2000 qui est très active dans l’élaboration de normes nationales, de service en vue d’aider à la définition d’une politique de qualité des biens, services, et de vie.

Par ailleurs, au Sénégal il faut noter la présence d’une Fédération nationale pour l’agriculture biologique (FENAB) qui comptabilise dix-huit organisations de producteurs qui s’activent dans la culture biologique de produits maraîchers, de céréales et d’agrumes. Cependant, malgré ses nombreuses initiatives et exigences sa certification n’est valable qu’au plan national, par conséquent, ne bénéficie encore d’aucune reconnaissance au niveau des marchés internationaux (Union européenne, États-Unis, Japon, etc.).

Pour résorber ce gap, le groupe français Ecocert s’est positionné en force en Afrique grâce à ses installations au Burkina Faso, au Sénégal, au Maroc, à Madagascar et même en Afrique du sud. Les producteurs intéressés peuvent donc ainsi obtenir leur certification internationale tant rêvée avec son intervention moyennant tout de même un certain coût non négligeable déterminé en fonction des tâches à effectuer et suivant une procédure assez lourde et répondant à des exigences bien précises.

Tout d’abord, l’organisme transmet à l’intéressé une fiche de renseignement qu’il doit compléter de la manière la plus claire possible afin de permettre une bonne prise en charge de ses besoins. Après ce premier pas, il est demandé au requérant de se familiariser avec les exigences de l’agriculture biologique. Ensuite, une offre commerciale, avec un devis correspondant selon ses besoins et calculé au plus juste lui sera adressée. Le devis incluant les coûts d’inspection et de certification. Enfin, vient l’étape de la préparation de l’acceptation du devis qui lance officiellement le processus de certification résumé ci-dessous :

1.  Une fois émis un accusé de réception de l’accord du requérant (soit le devis retourné signer bon pour accord et une confirmation de paiement), l’organisation certifiant retourne l’OSP (Organic Systems Plan), document essentiel dans le processus de certification ;

2.  L’OSP détaille le projet et les besoins. Il sera mis à jour en fonction des éventuelles futures modifications du projet ;

3.  L’OSP retourné confirme bien la nature et l’étendue du projet. L’OSP sera ensuite analysé par des chargés de certification qui pourront ainsi mandater un inspecteur pour mener un audit terrain ;

4.   L’inspecteur ainsi mandaté prend directement contact avec le requérant pour définir une date d’inspection ;

5.  L’inspecteur audite les sites de cueillette et/ou de transformation (audit terrain). A la suite de cette inspection, il rédige son rapport ; 

6.  Ce rapport est ensuite transmis au chargé de certification pour mener la Revue du rapport ;

7.   La revue de ce rapport aboutit à l’envoi d’un document de décision de certification. Si aucun écart majeur n’est notifié, un certificat est émis. Les écarts majeurs doivent être levés avant toute émission de certificat ;

8.   Les certificats sont valides 24 mois. Une inspection annuelle doit être menée pour maintenir ce certificat, en conformité avec les exigences règlementaires. 

Les nombreuses étapes de cette procédure peuvent décourager plus d’uns. La prétendue cherté de la certification ne devrait pas constituer un obstacle d’autant plus que les retombés d’un tel sésame valent la peine de consentir à cet effort.

Evelyne MENDY (Stagiaire) / VivAfrik

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