Après plusieurs échecs, La Gambie pourrait mettre fin au trafic de bois de rose de Casamance

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La Gambie a, via un communiqué publié vendredi 1er juillet 2022 annoncé l’interdiction des exportations de bois de rose, venu notamment de Casamance et révoqué définitivement toutes les licences d’exportation de bois afin de lutter contre l’exploitation forestière illégale.   

Une nouvelle que la société civile accueille avec prudence. Selon Damien Glez, Journaliste à Jeune Afrique,  en matière de commerce illégal, les trafiquants de tout poil savent faire feu de tout bois, en particulier lorsqu’il s’agit de financer des opérations rebelles. Le trafic des bois rares via la Gambie – en particulier de bois de rose – rime avec forte demande asiatique et financement des séparatistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), les rebelles sénégalais situés de l’autre côté de la frontière. C’est vendredi 1er juillet 2022 que le gouvernement gambien annonçait, par communiqué, l’interdiction jusqu’à nouvel ordre de toutes les exportations de bois du pays. Objectif affiché de la ministre de l’Environnement, Rohey John-Manjang : « Légaliser ou mieux contrôler les ventes et exportations illégales de bois de rose saisi internationalement en ce moment. »

Rappelons que le petit pays d’Afrique de l’Ouest, avec ses voisins le Sénégal et la Guinée-Bissau, lutte depuis plus d’une décennie contre le trafic de bois de rose, une espèce prisée pour les meubles notamment en Chine. 

À l’échelle du continent, le marché lucratif du bois volé est à ce point volumineux et sous-médiatisé que l’Organisation non gouvernementale (ONG) de protection environnementale Greenpeace qualifie ce scandale de « crise silencieuse ». De la Côte d’Ivoire au Cameroun, en passant par la RDC, le trafic illégal de bois est l’un des principaux facteurs de la déforestation.

Relents mafieux

Damien Glez a poursuivi que dans cet environnement aux relents mafieux, la Casamance est donc au centre de toutes les préoccupations. En janvier 2022, note Damien Glez dans les colonnes de Jeune Afrique le pillage du bois de rose a provoqué des tensions qui ont coûté la vie à deux soldats sénégalais, à la frontière entre la Gambie et le Sénégal. En 2020 déjà, une enquête de la BBC estimait que 10 000 hectares de forêts avaient été abattus dans cette zone, au cours des seules six dernières années. Ce qui représenterait 1 million d’arbres coupés illégalement, soit un tiers des forêts de la région.

Et la Gambie est montrée du doigt, elle qui est devenue le deuxième exportateur africain de bois de rose, quand bien même ses forêts sont presque entièrement décimées. Selon un rapport daté de 2020 de l’ONG Agence d’investigation environnementale, la Chine a déclaré pour plus de 300 000 tonnes de bois de rose importés de Gambie.

En 2019, l’ONG suisse Trial International tentait d’individualiser le niveau de responsabilité, en adressant une dénonciation pénale au Ministère public de la Confédération. Elle qualifiait de « criminels de l’environnement » l’ancien président gambien Yahya Jammeh et l’homme d’affaires suisse Nicolae Bogdan Buzaianu.

Notre confrère de Jeune Afrique a, enfin, conclu que les défenseurs de l’environnement ne peuvent qu’accueillir avec bienveillance la récente décision gambienne d’interdire toute exportation de bois du pays. Mais les législations n’ont jamais manqué, sur les plans nationaux comme internationaux, du statut d’espèce protégée conféré au bois de rose par l’Union internationale pour la conservation de la nature à la signature, par le Sénégal et la Gambie, de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. L’ONG Green-Up Gambia affirme que certains officiels sont impliqués dans l’exportation de bois et la ministre de l’Environnement reconnaît des erreurs, qui vont être corrigées, assure-t-elle. Touchons du bois…      

Moctar FICOU / VivAfrik  

Avec Jeune Afrique