Le combat pour la souveraineté alimentaire face à l’accaparement des terres fait rage au Ghana

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Tout le monde ou presque dépend de l’agriculture pour vivre au Ghana. Mais le secteur agricole subit de plein fouet l’impact du dérèglement climatique : sécheresses, inondations, tempêtes. Depuis quelques années, les populations locales font également face à la multiplication des plantations industrielles, avec des conséquences sur la souveraineté alimentaire.                 

Un militant ghanéen âgé de 39 ans, Wisdom Koffi, a rappelé à RFI que « les accaparements de terre sont une grande source de changement climatique en Afrique ». Ces « accaparements de terre » équivalent à des investissements financiers pour les firmes multinationales. Pour les défenseurs de l’environnement, ils sont responsables de la déforestation et la destruction des habitats.

M. Koffi a renchéri que « les paysans représentent 75% des communautés africaines. Si leur terre arable est accaparée par les multinationales, ils n’auront plus assez d’espace pour faire de l’agriculture durable ». D’autant que la production intensive va de pair avec une utilisation accrue d’engrais et de pesticides. Un exemple récent au Ghana met en évidence ces risques.

42 000 hectares accaparés

RFI rappelle qu’en 2009, le groupe norvégien African plantations for sustainable development (APSD) a racheté 42 000 hectares de plantations d’eucalyptus, à Bono dans le centre du Ghana, pour y produire du biocarburant. Cette solution à la crise climatique, considérée comme étant « naturelle » car produite à base de plantes, est une fausse bonne solution, selon le militant ghanéen.

« Ces communautés ont perdu 42 000 hectares au nom d’un développement prétendument durable. Là où il y avait de la forêt, la multinationale norvégienne a fait la promotion d’une monoculture, elle cultive de l’eucalyptus, alors que la communauté faisait pousser de l’igname [une tubercule très farineuse, NDLR] pour la production nationale ! », s’insurge Wisdom Koffi. Or les monocultures sont gourmandes en eau, comme le palmier à huile et l’hévéa, source principale du caoutchouc.

Pour Ange David Baimey, membre de l’ONG Grain et spécialiste des questions d’accaparements de terre, ces acquisitions foncières à grande échelle menacent la souveraineté alimentaire. « Cela a des répercussions énormes sur la capacité des communautés à pouvoir se nourrir, les populations n’arrivent même plus à se nourrir comme ils en avaient l’habitude, à disposer des éléments nutritifs qu’ils souhaitent », affirme-t-il à RFI.

Un point de vue partagé par Wisdom Koffi : « Nos parents, n’ayant pas assez de terres, se voient obligés d’appliquer des engrais chimiques sur leurs petites exploitations, pour augmenter la production. » Avec des conséquences néfastes aussi pour les réserves d’eau et la biodiversité, d’après une enquête de l’observatoire agricole mondial Land Matrix, publiée en 2021.

Défendre les droits des communautés

La passion de Wisdom Koffi pour sa terre date de 2001. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’organisation Youth Volunteers for the Environment, une ONG qui engage les communautés dans la préservation des forêts. Avant l’arrivée des multinationales, la menace autrefois c’étaient des feux de brousse. Sa ville natale de Hohoe, située dans une zone montagneuse à la frontière avec le Togo, en est régulièrement touchée.

« Chaque année, à partir de novembre, décembre, janvier, c’est l’harmattan, la sécheresse forte, donc les forêts, les brousses deviennent sèches… à la moindre inattention, toute la montagne va brûler. » Wisdom Koffi décide alors d’agir en réunissant les communautés affectées des deux côtés de la frontière : « On a commencé par réfléchir ensemble sur comment faire en sorte que les jeunes aident les parents âgés à créer des pare-feu autour des champs contre les feux de brousse. »

Cette première campagne de sensibilisation lui a servi d’inspiration pour l’un de ses engagements actuels : il incite les populations à défendre leurs droits face aux grandes plantations industrielles. Un phénomène à la hausse qui ne touche pas seulement le Ghana, mais toute l’Afrique de l’Ouest.

« Prédation des ressources »

« Quand vous regardez par exemple la société Vilma, quand vous regardez Socfin-Bolloré, ou le groupe Siat, ce sont de grosses multinationales qui contrôlent beaucoup d’hectares de terre en Afrique », explique Ange David Baimey de l’ONG Grain. « Si vous prenez la Sierra Leone, en ce qui concerne les plantations de palmiers, ce sont environ 18 000 hectares rien que pour le groupe Socfin-Bolloré. »

De plus en plus d’entreprises cherchent à atteindre leurs objectifs pour le climat en prônant des solutions basées sur la nature, poursuit l’expert. « En réalité, c’est une façon de poursuivre la prédation des ressources naturelles. »

Pour Wisdom Koffi, c’est un combat de longue haleine, mais qui commence à porter ses fruits : « Récemment, nous avons vu des multinationales se faire refouler par les communautés, elles ont refusé de laisser leurs terres. » Ces résultats-là m’encouragent à continuer.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec RFI

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