Mariama Diallo juge nécessaire la promotion des alternatives de citoyenneté environnementale

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Propos recueillis par Moctar FICOU

La Coordonnatrice des projets au sein du mouvement ALTERNATIBA, Mariama Diallo qui s’exprimait autour du thème : « l’Engagement citoyen dans la protection de l’environnement : le concept camp climat de Bambourg » à l’Ecole supérieure de journalisme, des métiers de l’internet et de la communication (E-jicom), a jugé nécessaire la promotion des alternatives de citoyenneté environnementale en Afrique. Diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris et Co-coordonnatrice du Camp Climat de Bamboung, elle a, dans une interview accordée à VivAfrik, salué le rôle actif de la jeunesse africaine dans la lutte pour le climat malgré les difficultés rencontrées sur le terrain.

Le changement climatique est une réalité en Afrique. Comment faire face, selon vous, à cette catastrophe naturelle ?

Si vous vivez en Afrique, vous devez vous rendre compte qu’il y a de plus en plus de changements environnementaux. Jadis, à l’heure actuelle, les semis sont déjà sortis de terre. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Cela s’explique la rareté des pluies et leur retard. Les populations dont la vie dépend fortement de l’écosystème, dépendent nécessairement de l’environnement, de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage pour survivre. Avant la mer était très éloigné des villes, avec l’érosion côtière, ce n’est plus le cas. Des habitations sont dévastées. Le changement climatique n’est pas une affaire d’occidentaux, de militants écologiques, c’est surtout une affaire de survie notamment pour nous les peuples africains malgré au fait qu’on ne contribue pas trop à l’émission des gaz à effet de serre. Historiquement, ce sont les pays occidentaux, de par l’industrialisation, la production des énergies fossiles, je pense au pétrole, qui génèrent le plus les gaz à effet de serre. Juste pour vous dire qu’on ne produit pas comme les autres mais nous vivons dans des pays qui subissent le plus le changement climatique. La question qu’on se pose est savoir comment faire face ?

Depuis quelques années, il y a un cycle de Conférences des Parties (COP) notamment la COP 21. Chaque année, l’ensemble des dirigeants de la planète se retrouvent pour essayer de trouver des solutions, des voies et moyens visant à limiter les changements climatiques. Malgré ces efforts, la situation n’a pas changée, au contraire, elle s’empire de plus en plus. Que peuvent faire les pays du Sud pour changer la donne ? Pour le changement climatique, il y a certes des changements naturels mais aussi des changements provoqués par l’homme : coupe abusive des arbres, production d’énergie fossile. Face à cette situation, il y a une diversité de solutions pour endiguer ce changement climatique, de ralentir les émissions de gaz à effet de serre. Au sein du Mouvement ALTERNATIBA, nous misons sur le changement de systèmes qui détruisent de plus en plus la nature mais pas le climat. Le changement climatique n’est aujourd’hui irréversible. Mais des solutions existent dans les différents secteurs. Dans le secteur agricole par exemple, nous sensibilisons les populations à recourir à l’agriculture biologique qui n’utilise pas les pesticides. Elle nous permettrait de régler cette question. Pareil dans le domaine des énergies. Nous sommes dans des pays ensoleillés et la production des énergies renouvelables nous permettrait aussi à mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles et par la même occasion, réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Quel sens donnez-vous à la citoyenneté environnementale ?

Aujourd’hui, quand nous parlons de citoyenneté environnementale, nous essayons de faire la promotion des alternatives. On a plein d’alternatives aujourd’hui, Dieu merci. Je vous parlais de l’agriculture bio, des énergies renouvelables, la mécanisation c’est-à-dire la transformer les déchets en énergie. Et comment faire pour promouvoir ces alternatives ? Comment faire pour que les jeunes se rendent compte de l’importance de ces solutions et puissent se les approprier ? C’est bien bon d’avoir des accords internationaux mais tant que le citoyen lambda ne prend pas conscience de la dégradation de l’environnement, pour agir, rien ne changera. Comment faire pour mobiliser les jeunes autour de cette question environnementale ? Au Sénégal, par exemple, ce n’est pas la question environnementale va envoyer la population dans la rue alors que la protection de l’environnement est vitale pour l’homme.   

L’engagement citoyen dans une perspective de protection de l’environnement est donc nul ?

On a beaucoup réfléchi sur les formes d’engagements et je pense que chaque pays a des formes d’engagements qui lui réussissent. En Europe ou en Amérique Latine, il y a des actions non violentes. Par ces actions non violentes les populations arrivent à faire reculer les multinationales, les gouvernements. C’est une forme d’engagement qu’on aura du mal à mettre en œuvre ici parce qu’on a nos réalités, nos cultures qui nous sont propres. Nous réfléchissons sur comment mettre en place des cadres d’échanges, des formes de militantisme qui puissent parler aux adultes pour susciter l’intérêt du combat climatique. Ce militantisme ne repose pas seulement dans la dénonciation mais dans la promotion des alternatives qui poussent les gens vers des solutions durables. D’une manière générale, il y a une prise de conscience qui grandit de plus en plus. Il y a dix ans, cette problématique n’était pas présente dans nos esprits. C’est tout le contraire qui se produit aujourd’hui. On sent qu’il y a une effervescence d’initiatives. L’objectif est de faire en sorte que ces initiatives changes d’échelles, qu’on ne soit plus à une échelle micro ou locale, mais faire en sorte que ces initiatives soient vulgarisées et appropriées par le larges publique. C’est de cette façon qu’on verrait, de façon concrète, les résultats de l’engagement citoyen sur la question de l’environnement. Vous concluez par vous-même que l’engagement citoyen dans une perspective de protection de l’environnement ne peut être un combat vain.   

La jeunesse africaine joue-t-elle un rôle important dans la lutte pour le climat ?

Personnellement, je ne suis pas avec ceux qui disent que la jeunesse africaine ne s’investit pas dans la protection de l’environnement. En faisant la comparaison avec l’Europe, on se rend compte qu’il y a des choses qui se passent ici, peut-être que c’est à une échelle très micro. Ce qu’on doit faire, en revanche, c’est de voir comment soutenir davantage ces initiatives ? Comment faire pour grandir ce mouvement en faveur de la lutte contre le changement climatique par le biais de la jeunesse ? En Afrique, on a toujours eu le souci de la protection de l’environnement, c’est quelque chose qui est partie intégrante de notre vie, de notre quotidien d’autant plus qu’on vit à côté des écosystèmes. L’africain n’est pas dépourvu de conscience, il sait que s’il ne protège pas l’environnement, il va droit contre le mur.

Est-ce dire que la lutte pour le climat est le parent pauvre de l’engagement citoyen ?

La société est très orientée vers les biens matériaux et qu’on ne voit pas l’environnement comme quelque chose d’important dans notre survie, notre quotidien, notre façon de vivre. Ces raisons expliquent à suffisance le fait que le militantisme environnemental ne prend pas beaucoup d’ampleurs, ce militantisme n’est pas soutenu. Vous avez beaucoup plus d’organisations qui travaillent sur d’autres questions mais qui ne font pas de focus sur les questions environnementales. Pire, les organisations, les fondations et ONG environnementalistes qui existent sont très cloisonnées. Elles restent des organisations de scientifiques, d’environnementalistes et elles ont du mal à soutenir cet engagement citoyen porté par les jeunes au profit de la question environnementale.         

Les limites sont donc énormes ?

Les limites de l’engagement citoyen en faveur de l’environnement sont bien sûr très énormes. On n’a pas entre nos mains le pouvoir. On peut bien vouloir mettre des initiatives locales de part et d’autre mais elles ne pourront pas enclencher un certain changement dans le rôle des dirigeants, des gouvernements, des multinationales. La Lutte contre le changement climatique est très importante. Même si, nous citoyens, nous sommes engagés dans ce combat, et que derrière, les multinationales, les gouvernements, qui ont plus de pouvoirs que nous, décident de détruire l’environnement, notre lutte ne servira pas à grand-chose. Je pense qu’aujourd’hui, notre devons être un véritable contre-pouvoir capable d’influer sur les choix des dirigeants, dans les programmes, des campagnes, sur des choix de politiques publiques afin que la question de la protection de l’environnement soit prise en compte à une échelle beaucoup plus globale. Il nous faut une convergence d’initiatives locales, même insuffisantes, conjuguer des mesures fortes pour la protection de l’environnement afin de stopper ce fléau. Chaque année, il y a une COP quelque part dans le monde, il faut maintenant se battre lors de ces rendez-vous pour qu’on puisse avoir de vraies mesures, de vraies politiques coercitives pouvant empêcher les multinationales ou à toute personnes voulant détruire l’environnement à changer d’avis ou être sanctionnée au cas contraire.

Est-ce que la question de la survie doit pousser l’homme à détruire son environnement ?

Il y a des gens qui détruisent l’environnement alors qu’ils n’ont pas de problèmes de survie. C’est le cas des multinationales, des personnes engagées dans la production des énergies fossiles… Ces gens-là ne sont pas dans le besoin. Il ne faut pas non plus mettre l’accent sur le fait que les gens détruisent l’environnement pour survivre. On peut exploiter de façon durable les ressources naturelles. L’enjeu, c’est d’exploiter de façon durable et rationnelle les ressources naturelles. C’est tout à fait possible. On le fait depuis des années, je parlais tout à l’heure de l’aire marine protégée de Bamboung. C’est une aire protégée où il est interdit toute forme d’exploitation. Les personnes qui vivent à côtés ne meurent pourtant pas de faim. Donc c’est dire qu’on peut protéger durablement l’environnement tout en consommant des produits issus de celui-ci. C’est pour moi un faux argument de détruire son environnement pour la survie.             

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