Les enjeux alimentaires analysés au Bénin

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« Il y a trente ans, on regardait le niveau de la production et puis, si les gens ne produisaient pas, ils ne mangeaient pas. L’immense majorité des gens produisait ce qu’ils mangeaient ou bien une grande partie de ce qu’ils mangeaient. Aujourd’hui, l’immense majorité des gens doit acheter sur le marché. Ce qui est le déterminant de la faim, c’est la capacité à acheter sa nourriture », souligne Laurent Bossart, directeur du secrétariat du club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest à l’OCDE.

Laurent Bossart s’exprimait à l’occasion de la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ouverte du 4 au 8 décembre 2017 et consacrée à l’insécurité alimentaire. Ces pourparlers annuels qui ont au menu les enjeux alimentaires réunissent tous les acteurs de l’agriculture et de l’alimentation tels que les gouvernements, les institutions, les ONG, les associations de producteurs et d’éleveurs. Selon M. Bossart, plus de 5 millions de personnes ne mangent pas à leur faim malgré la saison agricole globalement correcte en Afrique de l’Ouest. Pis, estime-t-il, plus de 500 000 d’individus sont en état d’urgence alimentaire à cause de Boko Haram dans le nord du Nigéria. « Boko Haram, non seulement perturbe le fonctionnement de l’économie locale, qui est une économie essentiellement agropastorale ; il détruit les marchés, il détruit les barques des pêcheurs. Mais Boko Haram confisque aussi les productions de poivron rouge, de poisson, de bétail et d’autres, et les vend », déplore-t-il. Pour sa part, Baoua Issoufou, expert au Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss) affirme qu’« actuellement, il y a la région du lac Tchad, au nord du Mali, mais il y a aussi une zone dont on ne parle pas et qui est celle de la boucle du Liptako-Gourma, une zone frontalière entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Si des mesures adéquates ne sont pas prises pour sécuriser ces zones, on peut s’attendre à une dégradation de la situation alimentaire, tel que cela a été projeté, au cours de la prochaine période de soudure ».

Djibo Bagna, président du conseil d’administration du réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest plaidant pour une économie alimentaire, appelle à la transformation de l’agriculture afin de générer de l’emploi au profit des jeunes. « Si l’agriculture n’est pas attrayante, les jeunes ne vont pas faire de l’agriculture. Ce n’est pas comme leurs aînés qui se lançaient même si l’agriculture n’était pas attrayante, analyse-t-il. Aujourd’hui, ils ont besoin d’autre chose, que les politiques ne donnent pas », indique-t-il. L’économie alimentaire est cruciale dans la mesure où le développement de toute la chaîne, de la semence à l’assiette, offrirait des perspectives à tous les jeunes qui partent pour tenter leur chance ailleurs.

Moctar FICOU / VivAfrik

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