Stéphane Gayet liste les maladies propagées par les changements climatiques

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Le médecin infectiologue et hygiéniste au CHRU de Strasbourg, Stéphane Gayet a détaillé que le choléra, le paludisme ou encore la fièvre typhoïde sont des maladies propagées par le dérèglement climatique.

Certains chercheurs ont qualifié les changements climatiques de plus grand danger pour la santé auquel le monde ait jamais été confronté. Il est à présent incontestable que la santé de la planète est liée à celle de sa population.

A mesure que la Terre se réchauffe, les écosystèmes éprouvent visiblement des difficultés à supporter les changements écologiques rapides. Le réchauffement de la planète a déjà déclenché des changements de météo –inondations, tempêtes, canicules et sécheresse – qui affectent durement la santé des populations partout dans monde.

El Niño : ce n’est pas le nom d’un chanteur latino, mais celui d’un phénomène climatique assez inquiétant. Car selon une étude menée par des chercheurs de la NASA et publiée dans la revue Scientific Reports, ses pluies diluviennes seraient à l’origine de la propagation de maladies, dont le choléra, qui a connu un pic en Tanzanie en 2015.

Mais ce n’est pas qu’El Niño qu’il faut craindre : le dérèglement climatique, de manière générale, entraîne un déplacement des maladies et une augmentation de leur fréquence. « Actuellement, nous vivons une période d’instabilité climatique. C’est-à-dire qu’on passe du froid au chaud et du chaud au froid de manière plus brutale – avec une tendance au réchauffement », explique Stéphane Gayet, médecin infectiologue et hygiéniste au CHRU de Strasbourg. Cela entraîne des tempêtes, de la sécheresse, une montée des eaux… autant de phénomènes qui agissent sur les maladies, de différentes manières.

Les maladies transmises par l’eau et les moustiques

Il y a d’abord les maladies liées à l’eau, telles que le choléra ou la fièvre typhoïde. « Ce sont des maladies bactériennes. Les violentes tempêtes peuvent entraîner un manque d’accès à l’eau douce, car elles vont polluer toute l’eau disponible. » La maladie peut alors se transmettre en buvant, mais aussi en ingérant des aliments lavés avec de l’eau contaminée.

Puis, il y a celles qui sont apportées par les moustiques. « Dans certaines régions montagneuses d’Afrique, les populations qui vivaient en altitude étaient jusqu’à maintenant préservées du paludisme, car les moustiques ne volaient pas à des niveaux si élevés à cause de la température. Maintenant, avec les effets du réchauffement climatique, ils peuvent aller plus haut dans cette zone. Et de nombreux nouveaux cas de paludisme sont donc recensés. »

La chaleur, autre vecteur de problèmes de santé

Les climatologues affirment qu’une hausse inférieure ou égale à deux degrés Celsius de plus que les températures globales pré-industrielles pourrait être gérable, affectant uniquement les populations dans des régions spécifiques et vulnérables avec des conséquences environnementales catastrophiques. Toute hausse de température supérieure à ce niveau mettrait au contraire l’ensemble de la population de la planète en danger.

Certains problèmes de santé sont directement liés à la température : le coup de chaleur – aussi appelé insolation – peut parfois tuer. Les populations fragiles telles que les enfants, les personnes âgées ou encore les malades chroniques en sont particulièrement victimes. « C’est quelque chose qui arrive souvent en Inde, où il y a une augmentation constante de la température, majorée par l’effet de serre entraîné par les camions et voitures », illustre Stéphane Gayet.

D’autre part, quand la chaleur s’élève de manière répétée, on constate une usure anormale du corps humain, qui « se défend beaucoup mieux contre le froid que contre le chaud ». Une usure qui peut entraîner « une déshydratation, de la fatigue et donc de l’insomnie. Les organes sont également moins perfusés (le processus qui alimente un organe en nutriments et oxygène nécessaires à son métabolisme, NdlR.), et cela peut causer une insuffisance rénale, des maladies cardio-vasculaires, cérébrales… »

Puis il y a les conséquences indirectes : le réchauffement climatique et ses vagues de sécheresse vont faire diminuer la production agricole, ce qui dans certaines régions du monde, va conduire à des famines.

Pour autant, Stéphane Gayet n’est pas fataliste. « Je pense que l’Homme a beaucoup de ressources, et qu’il va avoir une prise de conscience. » Mais il insiste : « Maintenant, pour limiter ces phénomènes, il faut un changement à la fois des politiques publiques, mais aussi des comportements personnels. Et malheureusement, encore trop peu d’individus adaptent réellement leurs habitudes pour lutter contre le dérèglement climatique. » Nous sommes prévenus.

Mais l’investissement de ressources précieuses dans l’adaptation aux changements climatiques ne sera utile que si les pays s’attèlent véritablement à la tâche d’atténuer le réchauffement de la planète. En fin de compte, cela passe par un engagement de tous les Etats à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à développer une économie faiblement productrice de carbone.

Moctar FICOU / VivAfrik             

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