Préservation de l’environnement : Le Sri Lanka tourne le dos à la culture de l’huile de palme

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Depuis les années 1990, la production d’huile de palme n’a cessé de s’intensifier, entraînant des conséquences absolument catastrophiques sur l’environnement. Des opérations de déforestation ont été engagées depuis plusieurs années pour arriver à une monoculture intensive. D’ici à 2022, le Programme des Nations unies prévoit la disparition de près de 98 % des forêts.

Suffisant pour le gouvernement sri-lankais de mettre au ban l’huile de palme. Mieux, les cultures existantes devront être arrachées progressivement. Le pays dit vouloir protéger l’environnement.

L’annonce est radicale et laisse incrédules les experts de la filière. La culture du palmier à huile a mauvaise réputation, ce n’est pas nouveau, mais rares sont les pays qui sont allés jusqu’à demander l’arrachage des arbres. Le Sri Lanka est peut-être d’ailleurs le premier. Concrètement, les autorités préconisent de déraciner progressivement les palmiers et suggèrent à la place de planter de l’hévéa ou toute autre culture « respectueuse pour l’environnement ».

Lundi 5 avril 2021, le président du Sri Lanka, Gotabaya Rajapaksa, a, dans un communiqué, interdit les importations d’huile de palme. Il a aussi demandé aux producteurs d’huile de palme dans le pays de déraciner les plantations existantes de façon progressive, à raison de 10% par an, et de les remplacer par des plantations d’hévéa ou autres cultures respectueuses de l’environnement. L’objectif est de « rendre le pays exempt de plantation de palmier à huile et de consommation d’huile de palme ».

Démagogie ou vraie conscience écologique ? « Cela n’aura aucun impact sur la préservation de la nature », assure avec conviction un chercheur du Centre français de recherche agronomique pour le développement (CIRAD). « Ce que font les autorités aujourd’hui, c’est simplement rassurer l’industrie de la noix de coco car les cultures de palmier à huile sont bien plus rentables et potentiellement séduisantes pour les planteurs ». Or le cocotier et tous ses dérivés est un des piliers de l’économie locale. Le Sri Lanka est le 4ème  producteur mondial de noix de coco. Un lobby puissant. Beaucoup plus que celui de l’huile de palme qui ne représente que 1% des surfaces cultivées, a relayé Marie-Pierre Olphand, auteur à RFI.

Demander aujourd’hui aux planteurs d’arracher des arbres, alors qu’en 2014 une décision gouvernementale était prise pour étendre les surfaces de culture, est aussi un vrai défi, au vu des cours du marché. Les autorités ont choisi le pire moment, celui où la tonne d’huile de palme bat des records alors que les cours de l’hévéa, que les autorités suggèrent de planter à la place, au contraire, sont bas. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’en Thaïlande des planteurs d’hévéa se convertissent au palmier à huile.

Autre problème, poursuivant notre confrère, comment remplacer demain l’huile de palme sur le marché sri-lankais ? Le pays en importe chaque année entre 200 et 250 000 tonnes. Et il va bien falloir trouver une alternative. Depuis ces annonces, Colombo a d’ailleurs été contraint de lâcher du lest : les confiseries et boulangeries sont finalement autorisées à importer un quota de sterarine de palme, un extrait solide de l’huile utilisé par l’industrie, jusqu’à ce qu’un substitut à base d’huile de coco soit trouvé.

« Jouer sur des réflexes protectionnistes peut être rentable à très court terme, mais attention à l’effet boomerang », s’inquiète un de nos interlocuteurs. Une des conséquences déjà perceptible sur le marché local, et prévisible, c’est une hausse des prix de l’huile de coco.

Signalons que le Sri Lanka importe environ 200 000 tonnes d’huile de palme chaque année, principalement  d’Indonésie et de Malaisie. Le pays compte environ 11 000 hectares de plantation de palmier à huile, soit un peu plus de 1% de la superficie cultivé du pays, les autres cultures étant les noix de coco, le caoutchouc ou le thé.

Moctar FICOU / VivAfik   

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