La banane ensete, un espoir pour lutter contre la faim dans le monde

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Par Jean-Marc Four                  

Une banane contre le changement climatique… Ou plutôt pour tenter de corriger certains effets néfastes du réchauffement, qui entraînent désertification et mettent en péril les récoltes. La banane ensete, aussi appelée « fausse banane » vient d’Éthiopie, où elle est bien connue. Et les chercheurs ne cessent d’en découvrir les vertus.

Ensete ou ensete ventricosum de son nom savant. De fait, cette banane est fort replète. Banane appelée aussi « fausse banane ». Car il ne faut pas se fier à son aspect qui ressemble à celui de sa cousine la banane que nous connaissons bien : la fausse banane ne se mange pas! Le fruit n’est pas comestible, c’est la pulpe extraite de ses tiges et racines qui porte les espoirs des scientifiques. Une nouvelle étude qui vient de paraître dans la lettre de la recherche environnementale estime qu’elle pourrait sauver des vies dans un monde qui se réchauffe et rend les récoltes toujours plus imprévisibles.

La banane ensete n’est actuellement cultivée que dans le sud-ouest de l’Éthiopie, sur les hauts plateaux. Elle est consommée après fermentation sous forme de porridge ou de pain. Elle est aussi utilisée pour nourrir les animaux ou fabriquer des médicaments. Quelque 20 millions d’Éthiopiens en dépendent au quotidien. Mais les chercheurs estiment qu’on pourrait la planter bien au-delà des terres éthiopiennes.

Faire reculer le risque de famine

Les scientifiques y voient une issue pour garantir la sécurité alimentaire et assurer un développement durable. Ils ont constaté que cette banane a poussé sous des formes sauvages jusqu’en Afrique du Sud. Cela ouvre un vaste champ des possibles. En modélisant des études agricoles, les scientifiques se sont projetés sur les quarante prochaines années et ils estiment que la récolte de banane ensete pourrait nourrir plus de 100 millions de bouches et renforcer la sécurité alimentaire en Éthiopie bien sûr mais aussi au Kenya, en Ouganda ou encore au Rwanda ou en Zambie.

Les chercheurs ont entrepris de séquencer l’ADN de plusieurs centaines de variétés pour identifier les plus résistantes. Culture vivrière ou culture de secours en cas de mauvaise récolte. Elle peut se planter en toute saison, se récolter toute l’année et se montre particulièrement vivace. Elle résiste à la sécheresse comme aux chaleurs torrides et au gel. Ce n’est pas pour rien souligne la BBC que les Éthiopiens l’appellent « l’arbre contre la faim ». Arbre en effet qui monte jusqu’à 10 mètres de haut. Une banane pour contrer les effets du dérèglement climatique qui affecte déjà les rendements comme la distribution des denrées de base en Afrique mais aussi au-delà.

Une banane que l’on devrait regarder avec plus d’intérêt, estiment les chercheurs qui ont co-signé cette étude. Le monde doit en effet absolument diversifier ses sources d’alimentation. Nous dépendons aujourd’hui pour 40% de nos calories de trois espèces seulement : le riz, le blé et le maïs. Il nous faut ouvrir le panier à d’autres espèces et pourquoi pas à cette cousine de la banane qui nous vient d’Éthiopie ?

Jean-Marc Four, Journaliste