La guerre en Ukraine pourrait engendrer des famines en Afrique et en Asie, craint Dov Zerah

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L’ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA) par ailleurs directeur des monnaies et médailles, Dov Zerah a, dans une interview accordée à nos confrères du site d’information atlantico.fr, évoqué les risques de des famines en Afrique et en Asie à cause de l’invasion russe en Ukraine. Celui qui a également été ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD) et président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d’OSEO relève que l’Ukraine et la Russie sont deux des principaux pays exportateurs de céréales dans le monde. Suffisant pour lui d’affirmer que l’offensive militaire russe a entraîné une forte hausse des prix de la plupart des céréales à travers la planète. A l’en croire, le conflit ne sera pas sans conséquence sur le marché alimentaire mondial.

Le conflit ukrainien aura des conséquences qui s’étendent bien au-delà des frontières du pays. Les cours du maïs et du blé battent de nouveaux records sur les marchés européens et au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, l’approvisionnement en blé inquiète. À quel point ces régions sont-elles dépendantes de la Russie et de l’Ukraine pour leur alimentation ?

En 2021, avec 134 millions de tonnes, la Chine est le premier producteur mondial de blé devant l’Inde (107 Mt) et la Russie (85 Mt) ; l’Ukraine (25 Mt) est en septième position. Il est évident que les sanctions vont perturber les ventes du blé russe et que la guerre est de nature à remettre en cause la production ukrainienne. Pour apprécier l’impact de la guerre, il faut rapprocher les 25 Mt et 85 Mt des 777 Mt de la production mondiale, soit respectivement 3,2 % et 10,9 % et un total de 14,1 %.

Le premier effet est déjà sur les prix ; ceux du blé et du maïs ont atteint un record, les premiers par la guerre en Ukraine, les seconds à cause des mauvaises conditions climatiques en Amérique latine qui impactent aussi les productions de soja.

Parallèlement au sujet des prix, les circuits commerciaux sont perturbés depuis deux ans avec les problèmes de logistique consécutifs à la pandémie.

L’approvisionnement des pays asiatiques ne devrait pas être problématique grâce aux stocks des blés chinois et indien. Les pays proche-orientaux ont les moyens pour acheter sur le marché mondial les quantités dont ils besoin. Acheteur traditionnel de blé russe, l’Égypte pourrait se retourner vers les États-Unis qui leur livre régulièrement des céréales dans le cadre de l’importante aide annuelle de l’Oncle Sam au pays des Pharaons.

En revanche, la situation risque d’être critique en Afrique, et dans certains des Pays les moins avancés (PMA). Cela devrait inciter l’Union européenne et la communauté internationale à anticiper et à les aider.

Qu’est-ce qu’impliquerait pour ces pays l’arrêt des livraisons de céréales ? Quels sont leurs stocks ? Y a-t-il un risque de pénuries alimentaires voire de famine ?

La situation est déjà critique en Afrique ; elle traverse une des plus graves crises alimentaires depuis des décennies. L’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial des Nations-Unies (PAM) considèrent que près de 30 millions de personnes sont en carence alimentaire ; ils ont recensé une quinzaine de zones de famine.

La crise actuelle va accentuer la gravité de la situation. Les institutions internationales, comme la Banque mondiale, la FAO, le PAM ou la Banque africaine de développement (BAD), devraient rapidement actualiser l’état des stocks et des besoins des pays africains, et surtout des plus vulnérables.

Sur la base de cette radiographie, l’Union européenne et la communauté internationale devront faire le nécessaire pour éviter tout risque de pénurie, voire de famine.

Si les réserves venaient à s’amoindrir fortement dans certaines régions, des émeutes de la faim pourraient-elles éclater ?

Probablement pas. Les stocks sont suffisants pour faire face aux urgences, sous réserve de rendre solvables certains acheteurs. À échéance de 12 à 18 mois, la hausse des prix doit conduire les agriculteurs à augmenter leurs productions ; sauf accident climatique ou de toute autre nature, les quantités et prix devraient revenir sur une tendance de moyen terme.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec Atlantico