Le bassin du Congo parmi les poumons verts en proie aux incendies en 2019

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Les massifs forestiers mondiaux ont vécu une année 2019 très catastrophe. La faute aux feux de forêts qui se sont déclarés dans foyers à l’instar de l’Australie, toujours en cours, de l’Amazonie, de la Sibérie… C’est aussi le cas dans le bassin du Congo, en Afrique, où le deuxième plus vaste massif forestier tropical au monde est aussi la proie des brûlis.  

L’Agence spatiale européenne (ESA) a publié, en février 2019, un article sur les incendies en Afrique subsaharienne. La région d’Afrique subsaharienne représenterait environ 70 % de la superficie brûlée dans le monde, relèvent les bases de données satellitaires mondiales.

La déforestation est toujours en hausse dans la plupart des pays du bassin : de la République démocratique du Congo, au Cameroun, en passant par le Gabon. Les causes sont multiples. L’industrie minière, l’agriculture intensive, l’expansion du réseau routier, de la démographie et la culture traditionnelle du charbon de bois sont les principales causes. Pour défricher, la technique du brûlis, à répétition, devient une menace, selon Guillaume Lescuyer, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) qui a accordé une interview au site d’information ouest-france.fr.

On a beaucoup parlé des feux en Amazonie, en Australie… mais la Nasa en recense aussi de nombreux en Afrique. Des feux souvent liés à une pratique agricole, le brûlis. En quoi consiste-t-elle ?

C’est une pratique ancestrale qui consiste à mettre le feu à un champ ou à un futur champ. Si la zone est humide, celui qui met le feu a tendance à couper, défricher. Après une à trois semaines, la biomasse est sèche et prend feu facilement. Les sels minéraux contenus dans les cendres fertilisent le sol.

Où pratique-t-on le brûlis en Afrique ?

Dans une très grande partie de l’Afrique subsaharienne. Les pratiques agricoles y sont assez peu mécanisées. Dans le Sahel (Mali, Niger, nord du Cameroun), il s’agit d’éleveurs itinérants qui ont besoin de territoires de passage, de transhumance, sur lesquels il y a du pâturage. Plus au sud, ce sont des agriculteurs qui défrichent pour la culture vivrière ou le cacao par exemple.

Dans quelle mesure le brûlis est-il responsable de la déforestation ?

Il y a beaucoup de facteurs à la déforestation et le brûlis est le plus important, au moins en Afrique centrale. C’est difficile d’avoir une idée précise du nombre d’hectares déforestés à cause du brûlis. En fait, la déforestation est la résultante d’une extension des surfaces agricoles. Les gens ne déforestent pas pour faire disparaître la forêt en tant que telle. Ils ont tendance à prendre la forêt parce que c’est l’espace qui est libre et dans lequel on peut mettre des pratiques agricoles de rente ou vivrières.

S’agit-il d’une pratique coordonnée ?

Il y a beaucoup de dynamiques qui peuvent être un peu différentes. Il y a effectivement des millions de paysans qui ont ces pratiques agricoles là mais de manière non coordonnée. Je pense que c’est pareil en Afrique de l’Ouest, sauf quand vous avez des éleveurs. On a une forme de coordination explicite ou implicite pour mettre le feu à des endroits qui ne leur appartiennent pas forcément, c’est pour ça qu’il y a de nombreux conflits avec les agriculteurs itinérants. Mais une partie de ces produits sont vendus à des entreprises multinationales. Sur le cacao en Côte d’Ivoire, vous allez avoir Olam, Cargill… qui ne procèdent pas à ce genre de pratiques mais achètent les produits qui souvent en résultent.

Quels sont les dangers du brûlis ?

La menace, c’est quand il y a une répétition trop rapide de feux sur les mêmes endroits. C’est le cas quand vous avez une augmentation de la population. La pression sur la terre fait qu’il y a une diminution des jachères. Ça use les sols, ça repousse mal. Donc à la fois on a une disparition de la forêt, et une dégradation de l’écosystème qui reste. À terme c’est de moins en moins productif et les gens se déplacent un peu plus loin. Et on entretient cette mécanique.

Quelles sont les solutions ?

Tout dépend des contextes, il n’y a pas de solution magique. Il faudrait passer à une agriculture intensive et non pas systématiquement extensive, mais cela par des rendements qui sont un petit peu moindres ; des pratiques agricoles plus modernes, l’accès à des équipements, des fertilisants, des pesticides. Cela demande un vrai savoir technique et un vrai appui aux paysans.

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